La haute couture a tenu son rang avec éclat durant les trois jours de défilés qui se sont achevés mercredi à Paris, opposant au contexte morose de crise économique des collections pour l'été prochain qui conjuguent vitalité créative et performances techniques.
"Il n'y a pas eu seulement de beaux tableaux, mais aussi des performances techniques", note Florence Müller, professeur à l'Institut Français de la Mode (IFM).
Ce fut le cas notamment chez Jean Paul Gaultier, dans une collection en noir et blanc sur le thème de la calligraphie, très complexe sur le plan technique, où chez Givenchy où Riccardi Tisci a proposé des robes bondage voilées de dentelle. "C'est un travail entre quelque chose de très construit sur le corps et de très nuageux", souligne Mme Müller.
Chez Chanel, où Karl Lagerfeld avait conçu sa collection comme une page vierge, le blanc épuré a mis en valeur le travail de coupe et le raffinement du travail des artisans d'art, largement mis à contribution. "J'ai pensé à l'air du temps, et essayé de trouver une interprétation graphique, linéraire, claire, la page blanche, le point zéro d'où on repart", a déclaré le couturier.
Christian Lacroix a lui aussi ébloui par la délicatesse des détails, mais dans son registre très coloré habituel. Chez Dior, John Galliano a séduit avec une collection au style très Dior, inspirée des peintures des maîtres flamands Vermeer et Van Dyck.
Globalement, "on est moins dans le bling bling, c'est à dire la poudre aux yeux", estime Florence Müller.
Toutes les maisons ont voulu opposer à la crise, présente dans tous les esprits, "les vitamines" de la haute couture, selon les termes de Christian Lacroix. "Si on se couvre la tête d'un voile noir, ce n'est pas ça qui va faire avancer les choses", dit le couturier.
Il affiche un relatif optimisme pour l'avenir. "Les clientes sont là ", dit-il. "De l'argent, il y a en a, heureusement pour nous, il y a encore des mécènes pour tenir cette couture", ajoute-t-il.
"Toutes les clientes habituelles sont venues mais un peu moins de journalistes", indique-t-on chez Chanel. Les maisons restent discrètes sur les commandes déjà enregistrées. "C'est comme toujours, rien n'a changé", affirme-t-on chez Chanel. "On travaille normalement, les clientes sont venues et prennent des rendez-vous", dit-on chez Lacroix, mais "bien sûr, on ne sait pas quel sera leur budget".
On a cependant pu entendre lors des défilés plus d'une cliente envisager de "dépenser (son) argent autrement, dans des choses plus sérieuses".
Plus que jamais, les collections ont fait rêver. "En temps de crise, il faut faire face à la réalité, il faut trouver des solutions, des moyens de fonctionner dans le contexte en étant réaliste, mais en même temps il faut aussi transporter les gens ailleurs, leur faire oublier leurs soucis avec des choses qui sont de l'ordre du fantasme et du rêve", souligne Florence Müller.
La haute couture ne devrait pas devenir plus modeste. "Si elle a encore une raison d'être, c'est dans la démesure", souligne-t-elle. "Si ce n'est pas un laboratoire d'expériences pour pousser les limites de la création plus loin, à quoi ça peut bien servir ? Aller vers plus de simplicité, de réalité, de pragmatisme, ce serait faire du prêt-à -porter", conclut-elle.
source:aujourdhui.ma



