"Vous entendez le bruit des pelleteuses ?
On continue à construire. Tout va bien". Comme d'autres sur le plateau du Golan, Eran Glick affiche sa tranquillité, convaincu que les nouvelles négociations israélo-syriennes échoueront, comme les précédentes.
Au lendemain de l'annonce de la reprise des pourparlers de paix, le verdoyant kibboutz de Merom Golan, construit dans la foulée de la conquête du Golan par Israël en 1967, vaque à ses occupations. Dans son bureau climatisé, le responsable des activités touristiques refuse de spéculer sur un éventuel retrait du Golan, réclamé par Damas dans le cadre d'un accord de paix. "Des annonces sur des négociations, on en a tellement entendues par le passé, ici on ne s'en émeut plus!", assure-t-il. Les dernières ont échoué en 2000.
"On a appris à vivre avec ça depuis les premières négociations sous Yitzhak Rabin (Premier ministre entre 1992 et 1995). C'est comme quelqu'un à qui on dit ”tu es malade, tu peux mourir demain comme à l'âge de 90 ans”, alors mieux vaut vivre normalement!", insiste cet homme de 41 ans, installé au kibboutz depuis 25 ans. Et Merom Golan de continuer à construire, comme si de rien n'était, 26 bungalows pour les touristes qui affluent chaque année en masse dans le Golan, dont les nombreuses rivières et cascades font le bonheur des randonneurs.
Pas d'inquiétude, donc, pour Eran Glick, qui ne croit pas à la réussite de ces pourparlers : les deux tiers de l'opinion israélienne sont hostiles à des "concessions" à Damas, et le Premier ministre Ehud Olmert est trop faible politiquement, pense-t-il comme tant d'autres sur le plateau qui a été annexé par Israël, où vivent 20 000 colons israéliens et 18 000 Druzes. "La coalition gouvernementale n'est pas stable. Aujourd'hui, un accord de paix est impossible", jure Tali Dagan, 50 ans, agricultrice dans le kibboutz Ein Ziva, entre deux rangées de cerisiers.
La plupart des agriculteurs du plateau du Golan, qui produisent notamment un des meilleurs vins du pays, sont laïcs et traditionnellement proches du parti travailliste (gauche).
Tali Dagan, qui y vit depuis l'âge de 17 ans, dit qu'elle "a tout ce dont on peut rêver: une maison merveilleuse, un bon niveau de vie", mais assure être prête à tout rendre aux Syriens pour "une vraie paix".
"Je sais que si on ne rend pas le Golan, il n'y aura pas la paix. Mais ce n'est pas une vraie paix qu'on nous propose. Damas est trop proche de l'Iran et du Hezbollah", la milice chiite libanaise, dit-elle.
Un tract du Comité des résidents du Golan, situé à Katzrin, sa "capitale", souligne d'ailleurs l'importance "stratégique" du plateau. "La présence des troupes israéliennes à 60 km de Damas seulement représente une force permanente de dissuasion", et "un retrait du Golan priverait Israël de ressources vitales pour son existence", y est-il écrit.
Le Golan surplombe le lac de Tibériade, principale ressource d'eau douce d'Israël, et abrite plusieurs sources.
Yafit Lasri, 37 ans, est une nouvelle venue. Habitante du village d'Aniam depuis quatre ans, elle reconnaît qu'elle est anxieuse, "contrairement aux anciens, qui disent qu'ils sont déjà passés par là". Elle ne veut pas quitter cet endroit, "le plus beau d'Israël", où "les gens ont le temps, l'air est pur, et la vie est magnifique pour les enfants". Depuis l'annonce avec fracas de la reprise des négociations, elle raconte qu'elle "n'écoute plus les infos".
"Je suis en train d'aménager mon jardin, et avant de planter un arbre, confie-t-elle, je ne veux pas passer mon temps à me demander si c'est une bonne idée".
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Washington sceptique
Les Etats-Unis ont salué mercredi du bout des lèvres les négociations de paix entre Israël et la Syrie sous l'égide de la Turquie, rappelant l'existence des pourparlers de paix "directs" entre Israël et les Palestiniens. "Comme nous l'avons noté à Annapolis (sommet organisé aux Etats-Unis en novembre, ndlr), nous saluerions toute avancée susceptible de conduire à une paix globale au Proche-Orient", a déclaré la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, interrogée sur ces négociations de paix annoncée quelques heures plus tôt par les trois parties. Mais les négociations israélo-palestiniennes "sont les plus matures", a-t-elle ajouté. "Cela ne veut pas dire que nous ne soutiendrons pas d'autres négociations", mais la Syrie devrait aussi démarquer sa frontière avec le Liban, a-t-elle poursuivi.
Un peu plus tôt, son adjoint au Proche-Orient, David Welch, avait fait part de la même réticence à propos des négociations de paix israélo-syriennes.
"Nous pensons que l'expansion du cercle de la paix serait une bonne chose", a déclaré M. Welch, au cours d'une conférence de presse. "Cela dit, le président Bush lors de son récent voyage au Proche-Orient a déclaré que les négociations entre Israël et les Palestiniens étaient particulièrement prometteuses et nous œuvrons à conclure un accord avant la fin de l'année". Il avait aussi souligné que "ces parties sont en négociations directes" et non indirectes comme c'est le cas avec ces discussions sous les auspices de la Turquie.
Les Etats-Unis ont été tenus informés de la tenue de ces discussions, a précisé le responsable américain, mais ils n'y sont pas impliqués. Interrogé sur son manque d'enthousiasme, il s'était déclaré simplement "dépassionné".
source:lematin.ma




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